La céramique francaise des années 1950–1960

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Après le cataclysme de la Seconde Guerre mondiale, l’art de la céramique en France connaît une véritable renaissance durant les décennies 1950–1960 qui va profondément marquer les esprits. Le conformisme qui prévalait jusqu’alors se trouve peu à peu mis de côté par une nouvelle vague d’artistes s’affranchissant des règles en vigueur dans ce milieu artistique. Une abondance de formes, de couleurs et de styles novateurs apparaît alors, largement influencée par la venue de Pablo Picasso dans le sud de la France à la fin des années 1940.

Un véritable renouveau de la céramique

Mariage de l’argile et de l’eau, la céramique est un art noble et ancien. Ce terme générique regroupe plusieurs techniques différentes comme la terre cuite, la faïence ou la porcelaine. Les mains de l’homme façonnent la terre depuis toujours, lui donnant des formes arrondies, allongées, droites, creusées… À la fois objet du quotidien et œuvre d’art, la céramique a connu de nombreuses évolutions à travers les époques et de par le monde. L’industrialisation du XIXe siècle a transformé son mode de production. Les ateliers et le modèle de la pièce unique sont abandonnés au profit d’une fabrication de masse. En parallèle de ce déclin de l’artisanat, un nouveau courant artistique se profile, porté par des artistes aux horizons variés.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la céramique contemporaine fait très rapidement son apparition pour rompre avec le conformisme et la rigidité de la fabrication industrielle. Fruit des échanges entre des artistes de différentes nationalités et venus d’autres formes d’art, comme la peinture ou la sculpture, cette renaissance cherche à exploiter le potentiel formidable du travail de l’argile. L’effervescence intellectuelle et créative du monde moderne est alors retranscrite dans le foisonnement des idées, des couleurs et des formes. Entre minimalisme pur et excentricité décomplexée, les artistes se livrent à une exploration de la céramique débordante de vitalité et d’originalité.

L’importance des ateliers de Vallauris

Durant les décennies 1950–1960, le sud de la France, réputé pour ses ateliers et ses fabriques de poterie, voit arriver un grand nombre d’artistes qui participent à son effervescence. Les ateliers de Vallauris, petite ville située entre Cannes et Antibes, jouissent ainsi d’une renommée internationale auprès des amateurs de poterie, qui connaissent son importance dans l’histoire de la céramique française.

Plusieurs familles et les ateliers qu’ils ont fondés jouent un rôle majeur dans la revitalisation de la région et son rayonnement mondial auprès de la communauté artistique. Ce foisonnement de techniques, telles que la mosaïque de terres mêlées mise au point par Jean Gerbino ou les émaux à lustre métallique de la famille Massier, attire l’attention de grands peintres et sculpteurs de l’époque.

La consécration, qui propulse la région de Vallauris au sommet, arrive en 1947, lorsque Picasso décide d’y passer ses vacances. Il rencontre alors Suzanne et Georges Ramié, fondateurs de l’atelier Madoura, et se noue d’amitié avec eux. Ils enseignent à Picasso, et aux artistes qui le suivront, l’art de la céramique. Cette rencontre entre peinture et argile, où couleurs et façonnage à la main se mélangent, enrichit l’œuvre des céramistes français de l’époque.

Des artistes talentueux et inspirés

La céramique des années 1950–1960 connaît une véritable libération des formes et des techniques employées jusqu’alors par les artisans. Cette liberté retrouvée s’exprime chez Roger Capron par l’utilisation d’une faïence aux motifs géométriques modernes. Sa formation en arts appliqués lui permet de créer une osmose entre céramique et design. Il imagine notamment des carrelages et des plateaux de table débordants de personnalité.

Surtout connu pour sa tapisserie, André Borderie est également l’auteur de céramiques aux formes épurées. Il associe son artisanat àdes éléments de mobilier comme des tables basses au design travaillé.

Le couple de céramistes Jacques et Danielle Ruelland est adepte d’une esthétique simple, mais colorée, qui s’illustre dans les séries exhaustives de bols et de vases qu’ils produisent. Leurs formes tout en arrondi naissent sous le crayon de Danielle avant que son époux ne les façonne.

Autre collaboration très connue, Jacques et Michelle Serre signent leurs céramiques d’inspiration géométrique du nom de leur atelier : Les 2 Potiers. Artiste installée à Vallauris, Juliette Derel exprime, à travers ses œuvres, une conception beaucoup plus brute, artisanale et traditionnelle. Georges Jouve, l’une des figures majeures de la céramique des années 1950, s’inspire des traditions populaires et de la nature avant de se tourner vers l’abstraction jusqu’à son décès en 1964.

Les animaux, les oiseaux et les plantes se retrouvent également chez Jacques Blin. Sa technique de gravure le distingue tout particulièrement de ses pairs. Malgré la similitude de leurs sujets de prédilection, Dominique Pouchain et son père Jacques, avec qui il a commencé son apprentissage, se démarquent par leur intérêt pour la lumière et les reflets de l’émail.

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